
Ce n’est pas si courant dans un musée de s’amuser. Pourtant Leandro Erlich, signe cet été sa première grande monographie parisienne, et il choisit pour cela de faire quelque chose d’assez radical : nous désorienter avec bienveillance.
Jusqu’au 6 septembre 2026, les deux grandes galeries du Grand Palais accueillent quatorze dispositifs à grande échelle, conçus en étroite collaboration avec Fabrice Bousteau. Le résultat est une déambulation qui tient autant du cabinet de curiosités que du plateau de tournage, où chaque salle réserve une surprise soigneusement tendue, comme un piège affectueux.
Dès l’entrée, le ton est donné. Six embarcations semblent voguer sur une nappe d’eau sombre. On s’approche, on cherche le reflet, on tente de comprendre. Et puis, doucement, la mécanique se révèle : pas d’eau, pas de six bateaux distincts — un seul miroir, quelques coques savamment disposées, et une illusion parfaite. Port of Reflections (2014) résume à lui seul la méthode Erlich : partir du familier, le tordre imperceptiblement, et laisser le regard faire le reste.

Plus loin des cabines d’essayage où l’on cherche son propre reflet pour tomber sur celui d’un inconnu, un escalier suspendu entre deux niveaux sans jamais toucher ni l’un ni l’autre, et enfin la pièce maîtresse : Bâtiment (2004), une façade haussmannienne couchée à l’horizontale sur laquelle on peut s’allonger, se hisser, se suspendre — le tout renvoyé par un immense miroir incliné qui donne l’impression vertigineuse de défier la pesanteur au-dessus des toits de Paris.
Ce qui rend cette proposition singulière, c’est précisément son accessibilité totale. Nul besoin de références savantes ni de culture académique pour y trouver son compte. Les plus jeunes courent d’une salle à l’autre avec des étoiles dans les yeux. Les adultes, eux, retrouvent quelque chose qu’ils avaient peut-être oublié : cette légèreté de l’enfance où le monde peut encore se retourner comme un gant.
Certains esprits exigeants pourraient noter que les mécanismes se dévoilent parfois un peu vite, que la transparence du procédé laisse peu de place à l’ambiguïté durable. C’est une observation honnête. Mais la réduire à une critique serait injuste : dans un paysage culturel souvent tendu, offrir au public une déambulation de stupéfaction joyeuse et collective n’est pas un mince cadeau.
Au Grand Palai jusqu’au 6 septembre 2026.

Certains esprits exigeants pourraient noter que les mécanismes se dévoilent parfois un peu vite, que la transparence du procédé laisse peu de place à l’ambiguïté durable. C’est une observation honnête. Mais la réduire à une critique serait injuste : dans un paysage culturel souvent tendu, offrir au public deux heures de stupéfaction joyeuse et collective n’est pas un mince cadeau.
Leandro Erlich, Grand Palais, Paris — jusqu’au 6 septembre 2026.
