Théâtre

Le goût de la framboise

Deux femmes. Deux époques. Deux formes d’enfermement.

En 1975, Marcelle, brillante chercheuse en astrophysique, voit sa découverte scientifique confisquée par son directeur de thèse, un vol intellectuel commis au nom d’un ordre masculin qui se croit naturel.

En 1998, Stella, dix-neuf ans à peine, débarque dans une cellule pénitentiaire et se retrouve face à une codétenue mystérieuse que ses compagnes d’infortune surnomment « la folle ».

Ce que ces deux trajectoires ont en commun, le récit prend soin de ne le révéler qu’au moment précis où cette révélation fait le plus d’effet et c’est là tout l’art de la construction. La grande force de cette œuvre réside dans son architecture narrative. Les va-et-vient entre les deux périodes s’articulent avec une aisance déconcertante, sans jamais égarer le regard ni brouiller la compréhension. Un élément scénographique en forme d’arche sert de pivot entre les deux univers, balisant les glissements temporels avec sobriété. La partition dramatique distille ses révélations avec précision, semant des indices que chacun interprète à sa façon, jusqu’à ce que la clé de voûte s’enclenche et que l’ensemble du récit se recompose sous un éclairage entièrement nouveau.

Ce que Raphaële Volkoff réussit, c’est de faire cohabiter une multitude de thématiques : la spoliation intellectuelle, la domination masculine, la solidarité entre femmes, la violence carcérale, la transmission entre générations. Tout s’imbrique, se répond, forme un tissu cohérent et dense en à peine quatre-vingts minutes.

La mise en scène de Martin Darondeau épouse parfaitement cette écriture tendue. Le rythme est soutenu, les transitions inventives, la bande sonore d’une efficacité remarquable. Six interprètes : Laura Authier, Benoît Blanc, Machita Daly, Octavie Durand, Nanou Garcia et l’autrice elle-même, endossent chacun plusieurs figures avec une agilité stupéfiante, sans jamais sacrifier la profondeur au profit de la vitesse. La dimension féministe irrigue le spectacle sans jamais se transformer en manifeste : la sororité y côtoie la brutalité, la tendresse, la trahison, et c’est précisément cette complexité qui rend le propos si juste.

On sort des Béliers Parisiens avec le sentiment d’avoir assisté à quelque chose d’intense raconté avec intelligence, générosité et un sens aigu du théâtre vivant.

Au béliers Parisiens, jusqu’au 1er novembre 2026.

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