
Il y a des soirées au théâtre qui vous laissent simplement divertis. Et puis il y en a d’autres qui vous font repartir avec quelque chose en plus, une question qui tourne, un malaise doux-amer, un fou rire qui cache une vérité un peu dérangeante. La poussière sous le tapis, écrite et portée à la scène par Coralie Lascoux au Funambule Montmartre, appartient résolument à cette seconde catégorie.
Tout part d’un geste. Une gifle. Celle qu’un comédien célèbre, Greg, assène à sa jeune partenaire débutante Louison lors d’une répétition. Rien de bien spectaculaire en apparence et c’est précisément là que réside le propos. Car autour de cet incident se cristallise aussitôt toute la mécanique du silence : le metteur en scène qui temporise, l’assistante à la mise en scène qui hésite, l’assistant de la star qui s’agite,… Chacun a ses raisons de ne pas trancher.
Coralie Lascoux signe ici une œuvre qui convoque sans détour l’héritage des grandes mobilisations féministes de ces dernières années. Mais elle choisit pour cela un moyen inattendu : la farce. Le rythme est celui d’un vaudeville bien huilé, les répliques fusent, les situations frôlent l’absurde. Et pourtant, jamais la gravité du fond ne se dissout dans la légèreté de la forme. C’est au contraire cette tension permanente entre le comique et l’inquiétant qui donne à la pièce toute sa force.
Greg, lui, ne foule jamais les planches. Il existe uniquement par sa voix qui s’immisce via téléphone et dans les conversations pourtant il fait peser sur le groupe une pression sourde. Cette absence physique est une trouvaille dramaturgique : elle dit mieux que n’importe quelle tirade comment le pouvoir opère, à distance, sans même avoir besoin de se montrer.
L’ensemble de la distribution convainc pleinement. La troupe dégage une cohésion et une énergie communicatives, et la progression narrative qui voit chaque personnage cheminer, à son rythme, vers une prise de conscience, fonctionne avec une efficacité remarquable. On rit franchement, on se reconnaît parfois avec un léger inconfort, et c’est exactement ce qu’on est en droit d’attendre d’un théâtre qui se soucie du monde dans lequel il s’inscrit.
N’hésitez pas, il faut voir cette pièce !
Au Funambule Montmartre jusqu’au 30 aout 2026
