
Une nuit de tempête. Un voyageur égaré, William Huxley, frappe à la seule porte visible dans l’obscurité. C’est la porte de la Maison Usher. Les habitants du bourg voisin l’avaient pourtant mis en garde : cette bâtisse maudite, perdue dans les landes, n’est que ruine et malédiction…
Dès les premières secondes, le charme opère. La scénographie installe un bureau d’une noirceur saisissante : quelques meubles lourds, de longs rideaux de velours, un chevalet, et au fond, éclairé d’un unique faisceau, le portrait de Madeline peint par son frère. Une fissure béante zèbre le mur, métaphore visible de la fêlure qui ronge cette lignée familiale. Rien n’est superflu, tout fait sens. L’univers d’Edgar Allan Poe n’est pas illustré : il est incarné.
La création sonore joue un rôle capital dans cette entreprise de déstabilisation. Grondements de la tempête, craquements sinistres, nappes électroniques et accents métalliques tissent un tapis sonore qui agit directement sur les nerfs du public qui scrute les ombres. Baptiste Deschamps, auteur et metteur en scène, convoque l’esthétique du film noir des années cinquante et pousse chaque paramètre jusqu’à son point de rupture.
Le trio de comédiens est talentueux. Jordane Hess campe un Roderick aussi charismatique qu’imprévisible, despotique et fragile à la fois, dont le regard transperce le quatrième mur. Face à lui, Louis Astier compose un William Huxley humain auquel le public peut s’identifier. Dorothée Malfoy-Noël, enfin, incarne Madeline avec une grâce spectrale, entre soumission et résistance sourde, comme une apparition surgissant d’un autre temps.
Le véritable tour de force de cette production réside dans son texte. Partant d’une nouvelle brève et peu dialoguée, Baptiste Deschamps a construit une dramaturgie d’une densité littéraire remarquable. Le monologue conclusif de Madeline atteint une beauté troublante.
A la Folie théâtre jusqu’au 8 novembre 2026
