
Voilà un spectacle qui commence comme un séminaire de développement personnel et finit comme une leçon de lucidité collective. On emprunte délibérément les atours d’une conférence professionnelle (pupitre, diaporama, micro,…) pour mieux dynamiter tout ce que la communication politique a de plus roublard et de plus savamment orchestré. Le résultat est aussi désopilant qu’éclairant.
Le postulat de départ est simple : vous voulez vous présenter à une élection. Bruno et Jane, deux consultants en stratégie électorale d’une assurance confondante, sont là pour vous y préparer. Ces deux gourous autoproclamés du scrutin déroulent méthodiquement leur programme. Car si la forme pastiche avec jubilation tous les travers du genre, le fond, lui, est rigoureusement documenté. C’est là que réside le vrai coup de génie : tout ce qui prête à rire est authentique.
Parmi les notions passées au crible figure notamment la fenêtre d’Overton : ce mécanisme par lequel une position jugée inacceptable devient progressivement tolérable dès lors que d’autres voix défendent des thèses encore plus radicales. Expliqué ainsi, le procédé paraît grossier. Mis en regard d’exemples tirés de la vie politique réelle, il devient soudainement familier, presque évident et c’est précisément ce moment de reconnaissance qui provoque le rire le plus franc, celui qui cache un léger vertige.
Le duo formé par Maïa Le Fourn et David Guez fonctionne avec une complémentarité bien construite. Ils maintiennent le rythme sans jamais laisser l’attention se relâcher. Et si les initiés du sujet ne découvriront sans doute pas grand-chose sur le fond, ils trouveront dans l’emballage une fantaisie et une précision qui rendent la soirée pleinement savoureuse.
Drôle, acéré, accessible sans être simpliste, ce spectacle tient toutes ses promesses. On repart avec le sentiment d’avoir passé un bon moment et, accessoirement, d’y voir un peu plus clair dans le brouillard organisé de la parole publique.
Jusqu’au 19 décembre 2026 au théâtre Tristan Bernard
