Théâtre

Madeleine Bejart, une femme libre

Il est des figures que l’Histoire range dans ses tiroirs sans jamais les rouvrir. Madeleine Béjart fut de celles-là. Née à Paris en janvier 1618, disparue le 17 février 1672, cette pionnière du théâtre français a pourtant tout bâti : une compagnie, des pièces, gestion des finances, un répertoire. Sans elle, Jean-Baptiste Poquelin ne serait peut-être qu’un nom oublié dans les archives d’un notaire. Pierre-Olivier Scotto et Xavier Lemaire lui rendent enfin la place qui lui revient, dans un solo de soixante-quinze minutes porté avec une maestria absolue par Isabelle Andréani.

La scénographie est élégante : une malle chargée de souvenirs, un buste de Molière qui émerge progressivement de l’obscurité, quelques objets symboliques suffisent à reconstituer tout un siècle. Nous sommes en 1672. Sept jours séparent Madeleine de sa dernière heure. C’est dans ce compte à rebours que se déploie le récit, structuré en autant de chapitres que de jours restants, sept tableaux qui traversent l’enfance parisienne, la fondation de l’Illustre Théâtre en 1643, les années d’errance en province, les dettes, les protections arrachées aux puissants, et enfin la gloire et la souffrance.

Xavier Lemaire propose une mise en scène sobre et efficace. Sa direction installe sur le plateau une femme pleinement vivante que la maladie ronge sans parvenir à éteindre. Quand Madeleine détourne le regard pour réprimer une quinte de toux avant de se redresser et reprendre son propos, le geste dit tout de ce que fut cette existence : une résistance permanente et farouche. Les séquences s’enchaînent alternant l’émotion et la légèreté avec un naturel désarmant. Le texte de Pierre-Olivier Scotto est d’une belle densité poétique et Isabelle Andréani le met particulièrement bien en valeur.

Isabelle Andréani possède ce don rare de glisser du sourire aux larmes sans que la couture se voie. Elle ne campe pas un personnage : elle l’habite, le respire, le restitue dans toute sa complexité. Sa complicité de plus de vingt ans avec Xavier Lemaire au sein de la Compagnie Les Larrons se ressent à chaque inflexion, chaque silence, chaque éclat de rire.

Ne manquez pas cette rencontre lumineuse avec celle qui inventa Molière autant qu’il l’inventa.

Salle Paradis du Lucernaire jusqu’au 1er novembre 2026

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