
Un chalet finlandais, deux sœurs, leurs conjoints respectifs, et une révélation d’enfant qui va tout faire basculer : le Père Noël n’existe pas. Voilà le détonateur choisi par Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière pour leur retour sur les planches, seize ans après Le Prénom, présentée au Théâtre de la Renaissance. Le prétexte est léger, presque enfantin. Mais c’est précisément là que réside l’intelligence du dispositif : derrière l’innocence d’une légende de Noël fracassée se dissimule un affrontement bien plus profond, celui de deux visions du monde, deux conceptions de l’éducation, deux façons d’habiter la vie.
Le rideau se lève sur un décor intérieur de chalet nordique qui installe d’emblée une atmosphère chaleureuse. D’un côté, Elisa Erka et Patrick Mille incarnent le couple expatrié depuis cinq ans sous les aurores boréales, lui ayant adopté jusqu’à un accent finnois fort réjouissant. De l’autre, Ophélia Kolb et François-Xavier Demaison jouent les Toulousains débarqués pour les fêtes, valises pleines de soleil du Sud et de certitudes bien ancrées. Quand la fillette de l’un détruit d’un mot la croyance du fils de l’autre, le vernis de la convivialité familiale se craquelle aussitôt, et le chalet se transforme en arène.
La structure dramaturgique emprunte volontiers aux codes du théâtre de boulevard. La mécanique des quiproquos et des vérités qui s’échappent malgré soi rappelle par instants les ressorts chers à Feydeau, même si l’on est ici davantage dans la comédie de mœurs que dans le vaudeville pur. Le texte interroge avec une certaine acuité une question universelle : toute vérité mérite-t-elle d’être dite ? Et à quel prix préserve-t-on les illusions qui font tenir debout ?
François-Xavier Demaison est la boussole de la soirée. Dans la peau de ce père qui vit la féerie de Noël par procuration à travers son fils, et qui dissimule sous sa jovialité naturelle une blessure, il déploie une palette remarquable sans jamais forcer le trait. Sa façon d’habiter chaque réplique, d’en extraire la saveur comique ou l’émotion enfouie, tient du grand art. Patrick Mille lui répond avec une retenue calculée qui génère son propre comique de contraste. Ophélia Kolb et Elisa Erka complètent ce quatuor avec une présence affirmée, apportant chacune une couleur distincte à cet ensemble bien accordé.
La pièce prend son temps, et c’est à la fois sa force et sa limite : elle préfère installer que précipiter, laisser les fissures s’élargir progressivement plutôt que de courir vers l’éclat.
Au théâtre de la Renaissance jusqu’au 10 janvier 2027
