Théâtre

Exposition Visions du Japon

Sans titres de Yukushiko Shima – série Kioku no Sato 1989

La Bibliothèque François-Mitterrand accueille jusqu’au 31 janvier 2027 une manifestation majeure consacrée à huit décennies de création visuelle japonaise. Intitulée « Visions du Japon : Instants, symboles, émotions (1945-2025) », cette rétrospective dévoile les trésors d’une collection parmi les plus prestigieuses d’Occident.

L’événement rassemble quelque 300 pièces (250 épreuves en majorité monochromes et 50 publications rares) signées par environ 90 maîtres de l’objectif, extraites d’un fonds dépassant les 4 000 documents.

Le parcours se structure en six étapes thématiques. La première confronte le spectateur aux images de reconstruction d’après-guerre, notamment les témoignages de Ken Domon sur les survivants d’Hiroshima ou les séries d’Hiroshi Hamaya documentant les villages enneigés du nord. Suivent des explorations du quotidien transfiguré, particulièrement via le mouvement Konpora Shashin Des créateurs comme Shigeo Gochō ou Tokuko Ushioda y révèlent les métamorphoses de la société nippone à travers l’intimité domestique et les rituels familiaux.

Les sections suivantes célèbrent les recherches formelles : mises en scène du corps inspirées des arts du spectacle chez Shoji Ueda ou Eikō Hosoe ; explorations graphiques et épurées de Shōmei Tōmatsu ; dialogues subtils avec la nature, l’atmosphère et l’immatériel. Cette dernière dimension révèle comment les photographes japonais transcendent le simple enregistrement pour accéder à une poésie de l’invisible.

La scénographie signée Maud Martinot joue sur les contrastes : pénombre enveloppante, cloisons translucides en matériau innovant évoquant les écrans traditionnels, éclairage chaleureux guidant le regard. Cette mise en espace transforme la visite en expérience méditative, où chaque image dialogue avec ses voisines.

Loin de prétendre à l’exhaustivité, cette manifestation propose une relecture nuancée de l’histoire du médium nippon. Elle valorise des courants méconnus et intègre des créatrices contemporaines pour lesquelles la couleur s’avère essentielle. Les acquisitions récentes enrichissent cette perspective, tandis que les donations généreuses des artistes eux-mêmes témoignent du prestige attaché à figurer dans ces collections parisiennes.

Une manifestation qui redéfinit notre compréhension d’une pratique photographique singulière, marquée par l’histoire, la modernité et une quête incessante de beauté formelle.

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