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Exposition Cézanne et nous

Les baigneurs Cézanne

Le Grand Palais accueille jusqu’en janvier 2027 une manifestation majeure consacrée à l’héritage transformateur de Paul Cézanne. Intitulée « Cézanne et nous », cette rétrospective inédite déploie environ 180 créations (dont 70 du maître) pour démontrer comment un seul artiste a influencé la trajectoire de la création moderne et contemporaine.

Pour Gauguin, Matisse, Sérusier, Picasso ou Bernard, il incarnait le guide visionnaire qui a libéré toutes les ruptures du siècle suivant. Son rayonnement perdure jusqu’à nos jours. Le Grand Palais orchestre cette filiation en confrontant les œuvres du peintre provençal à celles de ses admirateurs successifs.

Qu’unissent une crête colorée d’Etel Adnan, une composition bleue d’Ellsworth Kelly, un cliché minéraliste de Paul Strand ou les vibrations optiques de Bridget Riley ? Quel dénominateur relie Gauguin, Matisse, Guston, Mitchell, Barré, Vasarely, Soulages, Lichtenstein, Molnár, Rutault ou Zao Wou-Ki ? La réponse tient en sept lettres : Cézanne, qui résume à lui seul le manifeste de l’art du XXe siècle.

Le parcours débute par l’iconique Baigneur, où Peter Doig et Wolfgang Tillmans dialoguent avec le maître. L’exposition retrace aussi le chemin sinueux vers la reconnaissance de l’artiste. Initialement incompris, rejeté par la capitale, Cézanne accède progressivement au statut de figure incontournable. Dès 1896, trois de ses toiles intègrent les collections publiques. Le marchand Ambroise Vollard joue un rôle décisif, organisant les premières expositions monographiques. Le Salon d’automne de 1907 consacre définitivement son statut de père fondateur de la modernité.

La montagne Sainte-Victoire occupe une place centrale. Cézanne l’a peinte quatre-vingts fois, variant les perspectives tout en préservant le sujet, dans une quête perpétuelle de vérité picturale. Cette obsession sérielle inspire à son tour des générations : Etel Adnan y voit une montagne aux teintes éclatantes ; Vera Molnár, pionnière de l’art numérique, la réinvente en formes géométriques massives ; Marsden Hartley l’habille de couleurs radicalement différentes ; Pierre Buraglio la démultiplie par superposition de calques. Chaque réinterprétation révèle le rapport singulier de l’artiste à Cézanne.

Cette exposition raconte simultanément deux histoires : celle de l’influence fondamentale de Cézanne et celle des créateurs qui se sont revendiqués de lui. Elle met en lumière une histoire plurielle, faite d’appropriations, de filiations et de tensions esthétiques. Elle invite à contempler Cézanne à travers les regards successifs qu’il a suscités, jusqu’à notre perspective actuelle.

Au Grand Palais jusqu’au 17 janvier 2027

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