Théâtre

Mes adorées

Il entre, se plante face au public, et laisse le silence s’installer. Quelque chose dans cette présence tranquille, presque sereine, ne laisse pas deviner ce qui va suivre. Car derrière la silhouette élancée d’Édouard Collin se dissimule une existence fracturée et tumultueuse.

Mes Adorées est avant tout une déclaration d’amour à deux femmes. Deux grand-mères que tout opposait (origines, tempérament, façon d’être ) mais qui ont chacune, à leur manière, servi de bouée à un enfant livré à lui-même. Car la mère d’Édouard, ancienne comédienne brisée, a sombré progressivement dans la dépendance à la drogue et la précarité, entraînant son fils dans une spirale de déménagements, de mensonges et d’angoisses. C’est la justice qui finira par confier le garçon à sa grand-mère maternelle, surnommée « Mamie Adorée » tandis que l’autre aïeule, la fantasque « Mamie Cocotte », viendra compléter ce filet de sauvetage avec ses rituels hebdomadaires d’abord redoutés, puis chéris.

Ce récit d’enfance cabossée, Édouard Collin le porte seul sur un plateau dépouillé, vêtu de noir, sans autre artifice que sa propre présence. La mise en espace signée Izabelle Laporte fait le choix du dépouillement absolu : aucun accessoire superflu, aucun effet de manche. Tout repose sur le corps et la voix d’un interprète qui convoque tour à tour chaque membre de sa famille, leur prêtant une gestuelle, une intonation, un trait distinctif qui les rend immédiatement vivants et reconnaissables. La galerie de portraits ainsi esquissée est à la fois tendre et piquante.

Ce qui frappe dans ce témoignage, c’est l’absence totale de complaisance. Édouard Collin raconte avec une franchise désarmante, refusant les arrangements avec la réalité, assumant aussi bien les zones d’ombre que les éclats de lumière. L’humour affleure régulièrement, désamorçant ce qui pourrait verser dans le pathos, et c’est précisément cet équilibre délicat qui confère à la pièce sa force singulière. On rit, on retient son souffle, on est touché.

Le comédien révèle ici une palette insoupçonnée pour ceux qui ne l’auraient croisé que dans ses emplois de boulevard. A voir !

A l’Apollo jusqu’au 28 décembre 2026

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