
Sébastien Castro a trouvé sa formule. Après plusieurs succès comiques qui ont conquis les scènes parisiennes, l’auteur-comédien récidive avec une nouvelle pièce construite sur le même ressort imparable : le malentendu érigé en art de vivre. Et une fois encore, il s’en remet à José Paul pour orchestrer le tout avec bonheur.
Le dispositif scénique imaginé par Citronnelle Dufay constitue à lui seul une promesse tenue. Trois niveaux superposés, trois appartements, trois existences qui s’ignorent. Simon, Océane et Antoine partagent le même bâtiment sans se connaître, réunis par la seule communauté de leur solitude. C’est peu, et c’est suffisant pour que le destin s’en mêle avec une malice redoutable. Car dans l’univers de Castro, la coïncidence n’est jamais anodine : elle est le détonateur d’une mécanique qui va s’emballer jusqu’à l’absurde.
L’héritage de Georges Feydeau est revendiqué sans détour, et il se manifeste dans chaque claquement de porte, chaque entrée intempestive, chaque sortie précipitée. Le vaudeville est ici pratiqué avec une conviction totale, sans ironie distante ni clin d’œil condescendant. Castro croit en ce genre, il le défend avec ardeur, et cette sincérité se ressent dans la salle où les éclats de rire éclatent avec régularité. Certes, quelques répliques n’atteignent pas tout à fait leur cible, et le procédé n’est pas sans rappeler les productions précédentes du même auteur. Mais la mécanique, même familière, tourne avec une fluidité qui désarme la critique.
Sébastien Castro lui-même occupe le premier étage de cet édifice comique. Autour de lui, la troupe réunie par José Paul fait preuve d’une vitalité communicative. Guillaume Clérice, Raïssa Mariotti, Julia Gallaux, Benoît de Mérignac et Martin de Geoffrey s’investissent corps et âme dans cette course effrénée, enchaînant les retournements de situation avec une endurance et une précision qui forcent l’admiration. Pas de temps creux, pas de relâchement : le plateau ne s’accorde aucun répit, et le public non plus.
Ce qui distingue ce type de comédie populaire bien menée, c’est précisément cette générosité sans calcul. On ne cherche pas ici à bousculer les conventions du genre ni à en subvertir les codes : on les embrasse pleinement, avec l’honnêteté de ceux qui savent que faire rire franchement est un métier exigeant. Le résultat est sans prétention excessive, mais diablement efficace.
Au théâtre des Variétes jusqu’au 3 janvier 2027
