
Delphine Depardieu et Arthur Cachia ont eu l’envie de porter à la scène l’un des récits cinématographiques les moins fréquemment adaptés au théâtre de Marcel Pagnol. Le résultat, défendu par la troupe du Théâtre des Criques, est une jolie réjouissance généreuse et lumineuse.
Tout commence dans une épicerie provençale où Irénée, convaincu d’être né pour les projecteurs, croise la route d’une équipe de réalisateurs parisiens. Ces derniers, séduits par la candeur et la vanité du garçon, lui font miroiter un contrat bidon. Sourd aux mises en garde de ses proches, il file vers la capitale, la tête pleine d’illusions. La mécanique comique est implacable, mais derrière la bouffonnerie affleure quelque chose de plus grave : la cruauté ordinaire d’un milieu qui broie les naïfs avec une désinvolture souriante.
Le parti pris de l’adaptation est de choisir la fidélité plutôt que la réécriture. La langue de Pagnol est préservée dans toute sa saveur, les intonations méridionales sonnent juste, et la scénographie dépouillée laisse toute la place au verbe et aux corps, rien ne vient parasiter la puissance du texte original.
Six interprètes endossent treize rôles avec une aisance et une cohésion remarquables. Axel Blind, en oncle bourru et sentencieux, déclenche l’hilarité dès ses premières apparitions. Mais c’est Arthur Cachia lui-même qui porte le spectacle sur ses épaules avec une grâce confondante. Son Irénée n’est jamais une simple marionnette grotesque : il est touchant dans son entêtement, attachant dans sa foi aveugle, et finalement bouleversant quand la réalité le rattrape. Patrick Chayriguès, Simon Gabillet, Milena Marinelli et Jean-Benoît Souilh complètent l’ensemble avec une précision et une énergie communicatives.
Ce qui distingue cette pièce, c’est précisément l’équilibre qu’elle maintient entre le comique et l’émotion. On rit beaucoup mais la farce ne verse pas dans la cruauté gratuite ; elle ouvre au contraire sur une méditation subtile sur la vocation artistique et le besoin viscéral de se faire reconnaître.
Au Lucernaire jusqu’au 10 janvier 2027
