Théâtre

Le guide du parfait gentleman assassin

Le théâtre du Palais Royal propose un musical qui n’a rien à envier à ceux de Broadway ou de Londres : aventure et rires sont au rendez vous.

Le point de départ : Monty Navarro, jeune homme désargenté, découvre qu’un titre de noblesse et une fortune colossale lui reviennent de droit. Obstacle mineur : huit membres de la famille d’Ysquith le précèdent dans l’ordre successoral. Il faut donc les éliminer et s’attelle à cette tâche sans faillir. L’histoire puise ses racines dans le roman publié par Roy Horniman en 1907, porté à l’écran en 1949 par Robert Hamer avec le légendaire Alec Guinness dans tous les rôles de la lignée à éliminer, puis triomphalement adapté à Broadway en 2014 sous le titre A Gentleman’s Guide to Love and Murder, couronné de quatre Tony Awards dont celui de la meilleure comédie musicale. Stéphane Laporte signe ici la version française, et son travail est d’une précision remarquable : il préserve le flegme so british de la pièce originale tout en insufflant une dynamique qui rappelle par instants l’esprit vaudevillesque cher à Feydeau.

Virginie Lemoine orchestre l’ensemble avec une précision d’orfèvre. Les tableaux se succèdent comme une mécanique millimétrée : manoir glacé, chapelle provinciale, salon londonien, lac hivernal,… Les décors de Grégoire Lemoine, les éclairages de Mehdi Izza, les tenues signées Axel Boursier, plongent le spectateur au cœur de l’intrigue. Les trois musiciens dirigés avec talent par Charlotte Gauthier complètent cette immersion.

La distribution est sans faille. Gaëtan Borg compose un Monty dosant avec subtilité le charme, l’ambition froide et une pointe de mélancolie qui rend le personnage étrangement attachant. Camille Nicolas en Sibella, calculatrice et pétillante, et Emma Brazeilles en Phoebe, lumineuse et sincère, forment avec lui un triangle amoureux. Carole Deffit, Sandrine Montcoudiol, Anne-Laure Triebel, Rachel Pignot, Guillaume Beaujolais, Jérémy Petit et Hervé Lewandowski complètent cette troupe où cohésion et générosité sont les maitres mots.

Mais la soirée appartient à Benoît Cauden. Endosser à lui seul l’intégralité de la fratrie condamnée : du révérend compassé à la matrone autoritaire, en passant par le sportif borné et le comte old school, relève de la prouesse acrobatique ne serait ce que pour la rapidité des changements de costumes. Mais en plus, chaque silhouette possède sa propre démarche, sa voix distincte, son ridicule caractéristique, et chaque disparition est différente de la précédente. On guette son apparition suivante avec impatience.

Au final, on ne voit pas le temps passer car on rit beaucoup et le public applaudit longtemps avec enthousiasme toute l’équipe. Une très bonne soirée !

Au Palais Royal, jusqu’au 20 décembre 2026

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