
Il y a des collectionneurs qui achètent par investissement, et d’autres qui achètent parce qu’une image les a touchés. Sir Elton John est résolument de la seconde catégorie. Depuis 1991, le musicien britannique et son mari David Furnish ont patiemment constitué l’un des fonds photographiques privés les plus remarquables au monde : plus de sept mille tirages accumulés au fil de trois décennies, guidés non par la spéculation mais par une sensibilité aiguisée à ce que la photographie sait dire mieux que les mots.
C’est une partie de cette collection que le Jeu de Paume, à Paris, propose au public cet été. Sous le titre Fragile Beauté, quelque trois cents images signées par quatre-vingt-dix photographes différents investissent les murs du musée jusqu’au 27 septembre 2026.

Ce qui frappe d’emblée, c’est l’amplitude du regard : des années 1950 à aujourd’hui, sans hiérarchie ni chronologie rigide. Le parcours s’articule plutôt autour de cinq grandes entrées thématiques : le désir, la mode, la célébrité, l’affirmation des identités, le photojournalisme qui fonctionnent comme autant de prismes pour observer une seule et même question : qu’est-ce que cela signifie d’être humain, avec tout ce que cela implique de grandeur et de fragilité ?
Les talents convoqués sont parmi les plus décisifs de l’histoire de la photographie : Robert Mapplethorpe, Irving Penn, Diane Arbus, Herbert List, Harley Weir, Ai Weiwei, Richard Avedon et Helmut Newton. Mais le moment le plus fort du parcours est sans doute celui que Nan Goldin lui offre. Sa série Thanksgiving, réalisée entre 1973 et 1999, se déploie ici dans son intégralité : cent quarante-neuf tirages couvrant un mur entier, reconstituant les fêtes que la photographe organisait chaque année avec sa famille de cœur new-yorkaise — artistes, drag queens, noctambules de l’East Village. L’effet est celui d’une immersion totale, assez vertigineux. C’est une vie entière qui vous entoure.

Ce que révèle finalement cette exposition, c’est la cohérence profonde d’un goût. Derrière la diversité des signatures et des époques, un fil conducteur relie chaque image : la conviction que la beauté et la blessure ne s’opposent pas, qu’elles cohabitent dans chaque instant saisi. C’est précisément ce que Sir Elton John et David Furnish ont cherché, image après image, pendant plus de trente ans.
Au Jeu de Paume, Paris jusqu’au 27 septembre 2026.


Très beau texte !
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