Lecture

Faites entrer l’accusé littéraire : Olivier Norek – Entre Deux Mondes

Z59.jpg

 

Norek. Olivier Norek.

Pourquoi ce Lieutenant de Police, qui officiait en Seine-Saint-Denis, a-t-il subitement éprouvé le besoin de coucher sur le papier ce qu’il croisait dans sa réalité professionnelle ? Serait-ce pour exorciser un quotidien trop lourd ? Pour créer un sursaut de conscience face à la brutalité de notre monde ? Ou tout simplement par simple amour de l’écriture ? Un court détour par la biographie (relativement sommaire sur Internet) de l’auteur permet de constater que l’homme ne se laisse pas facilement impressionner. Bénévole chez Pharmaciens sans frontières ayant pris part à l’approvisionnement des camps de réfugiés en Ex-Yougoslavie, il a ensuite rejoint les forces de l’ordre en intégrant la section « enquêtes et recherches » de la Sous-Direction de la Police Judiciaire du 93.

En 2013, l’homme ajoute une nouvelle corde à son arc en devenant écrivain. Il signe son premier roman, Code 93, lequel ouvre sa série des Capitaine Coste. Dès lors, au gré de son imagination, il ne cessera de créer des histoires. Sa plume sera même récompensée de nombreux prix. Il était donc temps de se pencher sur son cas.

Pour mon premier propos le concernant cependant, pas de roman policier. Trop facile ! Non, c’est un tout autre texte qui a retenu mon attention … celle-ci ayant largement été attirée par une amie, bloggeuse culturelle (et gourmande) à ses heures perdues. Bref, le roman en question est : Entre deux mondes.

Donc, sans plus attendre, faites entrer l’accusé … littéraire !

A sa sortie en librairie, Entre deux mondes est le quatrième roman d’Olivier Norek. Peu connaisseur du milieu dans lequel sa plume navigue, j’ai abordé ce livre avec un sentiment mêlant enthousiasme et méfiance. Peu après l’entame de l’histoire, laquelle débute à cent lieues du théâtre principal de l’intrigue, Olivier Norek va plonger son lecteur au cœur de la Jungle. Entendons-nous bien cependant, il ne s’agit pas ici de la « formation végétale arborée qui prospère sous un climat chaud et humide avec une courte saison sèche » (Merci, Larousse), mais d’une toute autre jungle bien plus urbaine, brutale et inhumaine. Inutile d’aller bien loin pour la trouver, mais juste de se transporter à Calais. C’est dans cette ville et par extension dans la (malheureusement) célèbre zone environnante abritant réfugiés et migrants que l’histoire prend vie. Coincés entre les quartiers résidentiels et les cabanes faites de bric et de broc, des hommes, des femmes, des enfants, dont les destins n’auraient jamais du se croiser, vont se rencontrer, se déchirer, s’aider, se parler.

Ecriture déconcertante que celle d’Olivier Norek. L’auteur n’épargne pas son lecteur. A celui qui aime humer l’air frais des campagnes françaises, il lui colle le nez directement dans la réalité. Une réalité sans filtre, sans faux semblant, sans périphrase. Ames sensibles s’abstenir ! Ici, la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Elle ressemble plutôt à un océan cruel qui engloutit sans discernement bons et méchants. La violence n’est pas tant physique que psychologique.

Olivier Norek ne signe pas seulement un roman noir, mais une œuvre sociale puissante.

L’histoire est prenante, haletante, parfois même dérangeante. Le poids des mots, le choc des chapitres. La force de ce roman tient notamment une écriture particulièrement réaliste.

Entre deux mondes, c’est un peu de brutalité (supplémentaire) dans ce monde de brutes.

Accusé Olivier Norek, vous êtes acquitté.

Une chronique de Laurent Moulin

2 commentaires sur “Faites entrer l’accusé littéraire : Olivier Norek – Entre Deux Mondes

  1. Très belle chronique avec ce brin d’humour qui donne envie de se plonger dans ce « Faites entrer l’accuse » particulier! Surtout, je l’avoue très humblement, je n’en ai pas lu un seul de Norek, moi qui aime les polars sociaux …Promis j’essayerai de me rattraper 😄

    Aimé par 1 personne

  2. Merci pour votre compliment. Quand je prends la plume, que ce soit pour cette chronique (qui devrait devenir plus régulière … enfin je vais essayer) ou pour mes critiques théâtrales sur le site aubalcon.fr, j’essaie de faire en sorte d’avoir une touche d’humour ou d’originalité. La blogueuse qui m’accueille ici vous dirait certainement que cela colle bien à ma personnalité … Pour la prochaine critique, nous quitterons l’univers policier, mais chuuuut surprise 🙂

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s