
Dans un contexte où les conflits menacent directement les trésors du passé, l’Institut du monde arabe présente jusqu’au 23 août 2026 l’exposition sur « Byblos, cité millénaire du Liban » nous convie à un voyage exceptionnel au cœur de l’une des plus anciennes villes habitées sans interruption depuis près de 5 000 ans.
Le parcours dévoile l’épopée fascinante de cette cité levantine qui fut le premier grand port maritime international de l’histoire. Établie sur un promontoire dominant la Méditerranée, Byblos s’est imposée comme un carrefour majeur reliant l’Égypte pharaonique, la Mésopotamie et le monde égéen. Près de 400 pièces d’exception racontent cette histoire prestigieuse : de magnifiques ancres en calcaire vieilles de 5 000 ans aux somptueux colliers royaux, en passant par des armes d’apparat et des figurines votives en bronze et faïence.

La scénographie sobre, plongée dans la pénombre, fait le pari de l’émotion et de l’imagination pour ressusciter ce carrefour des civilisations. L’exposition retrace la transformation remarquable d’un modeste village de pêcheurs néolithique en puissante cité-État durant l’âge du Bronze (entre 3000 et 2800 avant notre ère). La prospérité de Byblos reposait notamment sur le commerce du bois de cèdre, matériau précieux recherché pour la construction navale et de nombreux édifices. Elle recevait, entre autre, en échange du papyrus égyptien qu’elle diffusait à travers la Méditerrané.

Parmi les temps forts du parcours figurent les trésors issus des nécropoles royales et des élites : vaisselle en or et argent, parures incrustées de pierres semi-précieuses, miroirs et poignards d’apparat accompagnaient les rois Abi-Shemou et Yapi-Shemou-Abi dans leur dernière demeure. Certaines pièces, cadeaux directs des pharaons Amenemhat III et IV, témoignent des relations diplomatiques privilégiées entre les deux puissances.
L’exposition présente également en exclusivité mondiale les découvertes archéologiques les plus récentes: une nécropole de l’âge du Bronze moyen (vers 1800 avant notre ère) miraculeusement préservée intacte, mise au jour en 2018 lors des fouilles menées conjointement par la Direction générale des Antiquités du Liban et le musée du Louvre. Cette découverte renouvelle notre compréhension de l’organisation sociale et économique de la cité antique .
Au-delà de sa dimension scientifique, cette exposition revêt une résonance particulière dans le contexte actuel. Initialement prévue fin 2024, elle avait dû être reportée en raison de l’offensive israélo-américaine sur le Liban. L’acheminement des quelques 300 pièces prêtées s’est révélé périlleux. Sept objets majeurs, dont le grand obélisque d’Abishemou, n’ont pu quitter les réserves du musée de Beyrouth – leur emplacement vacant dans l’exposition est marqué par un cartel explicatif. Pour Tania Zaven, directrice du site de Byblos et commissaire de l’exposition, ce projet constitue « un acte de résistance contre l’oubli, contre l’effacement ». Alors que sept citadelles et deux cent cinquante sites archéologiques libanais se trouvent menacés par les bombardements, cette manifestation rappelle que préserver et transmettre le patrimoine demeure un lien fondamental entre les peuples, même dans les périodes les plus incertaines.
Byblos est une invitation précieuse à découvrir comment la culture peut résister, silencieusement mais puissamment, face aux menaces qui pèsent sur notre mémoire collective. #Resiste
A l’Institut du monde arabe jusqu’au 23 aout 2026
