Théâtre

Avant la retraite

Dans la famille grinçante, cette pièce de Thomas Bernhard est un must seen : deux sœurs et un frère vivent dans la maison de leur enfance. Rudolf (André Marcon), ancien commandant d’un camp de concentration, voue une admiration, certes cachée mais sans borne, à Himmler et c’est jour de fête le 7 octobre pour commémorer la date anniversaire d’un des nazis les plus tristement connus de l’Histoire. Vera (Catherine Hiegel) suit son frère dans son délire, l’encourage même, car leur relation est d’une complexité épique, mélange putride d’amour et de haine. Elle prépare avec diligence l’uniforme SS et le repas de fête sous les yeux brulants de haine de la plus jeune de la famille Clara (Noémie Lvovsky) qui est prisonnière d’un fauteuil roulant depuis la fin de la guerre. La prison de Clara s’arrête t’elle juste à son fauteuil ou est elle prise en otage par sa famille nauséabonde ?

Dans cette grande maison grise au décor très sobre, Alain Françon signe une mise en scène épurée qui souligne les propos tenus la fratrie. Pas d’accessoire inutile, juste le nécessaire. Les phrases choc tombent, les pointes d’humour acides coulent entre les lignes, l’ironie mordante est partout et le spectateur doit suivre l’ensemble des conversations fielleuses qui montent en intensité pour atteindre le point d’apothéose de la soirée d’anniversaire dans un final totalement ravageur. L’épouvante nous saisit plusieurs fois devant les propos de Véra et Rudolf.

André Marcon campe un juge qui sous ses airs de respectabilité est un dangereux nazi totalement fou avec brio. Catherine Hiegel, avec une énergie débordante, porte cette histoire familiale au paroxysme. Elle incarne la méchanceté avec un naturel époustouflant. Mais celle qui nous terrifie par sa présence et son regard qui vous pétrifie, c’est Noémie Lvovsky, immobile ou presque dans son fauteuil, quasiment silencieuse tout le long de la pièce et pourtant sa présence pèse dans cette maison pour juger son frère et sa sœur. On n’aime pas être jugé par ces yeux là et d’ailleurs les deux autres le lui font savoir avec moults vannes balancées d’un air détaché. L’ambiance est tellement nauséabonde lors de cette soirée qu’on en ressort en se posant des questions sur les tourments de ces âmes.

C’est vraiment un univers captivant même s’il est aux antipodes de la bien-pensance car l’histoire est écrite avec beaucoup d’intelligence et les comédiens y insufflent un rythme qui nous tient en haleine.

Au théâtre de la Porte St Martin, horaires modifiés pour cause de contexte sanitaire.

  www.portestmartin.com

Photo Jean-Louis Fernandez

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