
Le Roméo et Juliette de Rudolf Noureev, créé en 1984 pour l’Opéra de Paris, demeure un monument du ballet classique. Cette œuvre dont l’histoire est connue de tous, fascine par sa capacité à renouveler l’émotion à chaque représentation, selon les artistes qui l’habitent.
Passionné par la Renaissance, Noureev créa avec le décorateur Ezio Frigerio une fresque où les passions s’entrechoquent avec intensité. Contrairement aux versions romantiques édulcorées, cette Vérone est dangereuse et mortelle : dès le premier tableau, des charrettes mortuaires transportent des cadavres. Les décors monumentaux, recréent avec splendeur les palais et les costumes sont somptueux. Mais toute cette beauté visuelle n’occulte pas l’histoire.
La musique de Sergueï Prokofiev (1935), est envoutante. Composée avec des moments d’un lyrisme bouleversant, elle épouse parfaitement la vision de Noureev. Cette partition contrastée permet aux danseurs de donner vie autant qu’émotion à l’histoire tragique. A la baguette, Robert Houssart mène l’orchestre avec conviction et exprime parfaitement les nuances de l’oeuvre.

Noureev souhaitait donner de l’importance aux rôles masculins, et il y est parvenu. Les trios entre Mercutio – Francesco Mura (sa mort est un moment mémorable), Benvolio – Jack Gasztowtt et Roméo – Paul Marque constituent des morceaux de bravoure. Mais c’est Jérémy-Loup Quer qui bat des records à l’applaudimètre avec son Tybalt fascinant, son personnage terrible se découpe sur la scène comme sa lame de son épée découpe ses ennemis avec une férocité palpable. Les combats sur la place de Vérone sont virevoltants et fluides. Leurs sauts et leurs batailles à double épée rappellent les films de cape et d’épée.
Face à ses quatre là, Sae Eun Park est une Juliette qui a fort à faire pour exister mais grâce à sa technique irréprochable alliée à une belle interprétation théâtrale, elle y parvient facilement. Son pas de deux avec Roméo dans la scène du balcon est exigeant et fort applaudi.
Cette version est marquée par l’énergie des danseurs et le choc des rivalités passionnées. Le public ne s’y trompe pas et fait un triomphe à l’ensemble de la troupe.
A l’Opéra bastille jusqu’au 12 mai 2026

