
Figures légendaires de leur siècle, ils formaient un duo aussi improbable qu’indissociable. L’un, créateur protéiforme que Louis Aragon surnommait « poète-orchestre ». L’autre rayonnant d’une beauté divine et d’un talent éclatant. Jean Cocteau et Jean Marais : deux destins qui se croisent lors d’une audition en 1937 (Cocteau a quarante-huit ans, Marais en compte vingt-quatre) pour ne plus jamais se séparer. L’aîné décèle immédiatement le potentiel de ce jeune homme flamboyant. En lui offrant le rôle principal dans Œdipe roi, puis dans Les Parents terribles l’année suivante, il propulse sa carrière vers les sommets.
Carole Giacobbi et Stéphane Vauthier ont choisi de nous plonger dans les années de la seconde guerre mondiale, période où le couple mythique affronte de multiples épreuves : l’un flirtant avec la collaboration ; l’autre, courageux résistant avant l’heure. Ils nous entraînent dans cette relation intense : Passion dévorante, querelles fréquentes, visions divergentes de l’existence, mais aussi deux êtres amoureux.
Le texte navigue avec justesse entre les échanges enflammés des amoureux et la brutalité de leur quotidien confronté à la guerre, l’homophobie, le fascisme et l’antisémitisme. Chaque réplique respire l’émotion. L’interprétation subtile des comédiens sert un texte qui tisse habilement l’intimité et la dimension politique. Boris Terral livre une prestation saisissante. Son incarnation de Cocteau capture la gestuelle, le verbe et la posture si singulière de cet homme d’exception, sans tomber dans la simple imitation. Louka Meliava incarne Marais en révélant particulièrement la dimension humaine et vulnérable de l’acteur, qui n’était pas encore la vedette qu’il allait devenir. Valentine Kipp interprète les présences féminines – Gabrielle Chanel, l’amie indéfectible, Mila Parély et Edith Piaf – apportant légèreté dans l’univers mouvementé des deux amants.
Sur fond d’Histoire, un moment de théâtre, intelligent et captivant, qui célèbre deux monstres sacrés dans toute leur humanité.
Au théâtre des Mathurins jusqu’au 29 avril 2026
