Pièce contemporaine

Un pas de côté

L’histoire débute un jour de printemps. Catherine (Isabelle Carré), clerc de notaire, lit tranquillement sur un banc public lorsque Vincent (Bernard Campan), compositeur de musique de film, vient s’installer à ses côtés, écouteurs vissés aux oreilles. De cette première rencontre apparemment anodine naîtra une relation singulière, faite de confidences et de silences éloquents. Tous deux engagés ailleurs, avec des enfants, ils se retrouvent pourtant irrésistiblement attirés l’un vers l’autre lors de leurs rendez-vous du midi.

Anne Giafferi signe une comédie sentimentale d’une rare finesse où Isabelle Carré et Bernard Campan nous offrent un moment de grâce théâtrale. On explore avec justesse des questionnements contemporains : le temps écoulé et celui qui reste, l’aspiration à la liberté de choix, cette dernière opportunité qui se présente. Vincent, à 57 ans, ne partage pas l’enthousiasme de son épouse pour l’achat d’une maison de campagne en vue de leurs « vieux jours ». Catherine, quant à elle, accompagne tant bien que mal son compagnon dans sa traversée dépressive.

La pièce scrute l’intériorité de deux êtres bousculés par leurs émotions. Elle effleure quelque chose de profondément humain. Isabelle Carré et Bernard Campan, qui avaient déjà triomphé dans La Dégustation d’Ivan Calbérac sur cette même scène (Molière de la meilleure comédie 2019), incarnent ces personnages avec une complicité évidente. Cette connivence profonde transparaît à chaque instant et a sans doute facilité le travail de mise en scène d’Anne Giafferi.

La force de cette œuvre réside précisément dans sa simplicité : quelques touches de raffinement, des éclats de rire sincères, et un talent indéniable. La scénographie inventive d’Alain Lagarde, mêlant décor végétal et cloisons mobiles, permet de passer avec fluidité du banc public aux intérieurs. Par touches délicates, deux grands comédiens nous enchantent. Une pièce sensible.

A la Renaissance jusqu’au 29 mars 2026

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