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Exposition : Jo Ractliffe

Largement méconnue du public français, l’œuvre majeure de la photographe sud-africaine Jo Ractliffe fait l’objet d’une vaste rétrospective au Jeu de Paume. Cette exposition monographique, qui embrasse plus de quatre décennies de création (1982-2025), dévoile un travail puissant où les territoires deviennent les gardiens silencieux des traumatismes collectifs. Née au Cap en 1961, « petite fille blanche » ayant grandi avec « une conscience honteusement limitée de l’apartheid », Ractliffe devient photographe durant les années 1980, période d’intensification de la résistance politique. Cette prise de conscience tardive alimente une démarche artistique empreinte d’une responsabilité morale profonde : documenter les violences inscrites dans les territoires sud-africains et au-delà, en Afrique australe.

La particularité de Ractliffe réside dans sa capacité à transformer le paysage en lieu de mémoire. Ses images ne documentent pas directement les événements : elles en révèlent les empreintes, les absences, les blessures.

L’exposition s’ouvre sur des petits formats photographiés à travers une vitre de voiture, véritable signature visuelle de l’artiste. Ces images resserrées. De la libération de Nelson Mandela aux auditions de la Commission Vérité et Réconciliation, ces clichés saisissent l’atmosphère d’une époque charnière, où le cadre de la vitre fonctionne comme une fenêtre sur la perception de l’artiste. puis ensuite elle examine les empreintes laissées par le conflit en Angola.

Chez Ractliffe, le paysage n’est jamais neutre : il porte les marques visibles et invisibles du colonialisme, de l’apartheid et des conflits armés. Ses images suggèrent, par la lumière et la composition, l’histoire enfouie dans la terre. Loin du documentaire factuel, son travail explore les rapports entre présence et absence, invitant le spectateur à déceler les histoires dissimulées sous la surface apparente.

Cette première exposition française s’impose comme une découverte essentielle, révélant une œuvre qui interroge notre rapport à l’histoire et à la mémoire des lieux. Un travail nécessaire qui nous rappelle que les paysages, loin d’être de simples décors, demeurent les témoins silencieux de nos violences collectives. Le voisinage avec l’exposition très courue de Martin Parr conduira sans doute des milliers de visiteurs vers cette œuvre magistrale, qui mérite amplement cette reconnaissance.

Au Jeu de Paume jusqu’au 24 mai 2026

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