Concert classique

Un bal masqué

Benjamin Girette

L’Opéra Bastille propose actuellement Un bal masqué de Verdi, chef-d’œuvre de 1859 qui raconte l’histoire tragique de Riccardo, gouverneur amoureux d’Amelia, l’épouse de son meilleur ami Renato. Entre prédictions mystérieuses, complots politiques et passion interdite, l’intrigue culmine lors d’un bal costumé où Riccardo sera assassiné. Cette partition alterne avec brio moments lumineux, sombres et ironiques.

La production de Gilbert Deflo, présente à Bastille depuis vingt ans, ne vieillit pas. Elle privilégie l’élégance sobre aux audaces conceptuelles. Avec des contrastes visuels marqués (blanc et noir, statues géantes d’aigle et serpents), cette approche lisse offre aux chanteurs toute liberté pour briller.

Benjamin Girette

Au pupitre, Speranza Scapucci dirige avec passion et précision. Sa connaissance de Verdi transparaît dans chaque phrase musicale, insufflant vitalité à l’orchestre et au chœur, particulièrement expressif dans le finale.

L’ensemble des chanteurs affiche une qualité remarquable. Sarah Blanch apporte légèreté et virtuosité au pétillant page Oscar, tandis qu’Elisabeth DeShong impressionne dans le rôle de la sorcière Ulrica avec sa voix aux sonorités profondes et mystérieuses. Le duo des conspirateurs Samuel-Tom (Christian Rodrigue Moungoungou et Blake Denson) se distingue par sa complicité vocale. Etienne Dupuis livre un Renato touchant d’humanité, évoluant progressivement de la douceur à la violence. Matthew Polenzani, en Riccardo, est splendide par sa maîtrise technique impeccable et son chant d’une fluidité naturelle confondante.

Mais la véritable star de la soirée reste Anna Netrebko dans son premier rôle d’Amelia à Paris. La soprano russe offre une prestation d’anthologie qui sidère par l’immensité de ses moyens vocaux : richesse du timbre et voix puissante capable de délicatesse extrême. Après une belle carrière, elle a non seulement préservé mais magnifié son instrument. Son port royal, son jeu étudié et sa maîtrise créent une incarnation totale du personnage. Particulièrement touchante dans les passages où sa voix brille de tout son éclat, elle démontre cette magie rare qui n’appartient qu’aux plus grandes. Son grand air « Morrò, ma prima in grazia » laisse le public dans un silence habité, avant des ovations enthousiastes.

Une distribution solide au service d’une grande artiste au sommet de son art, conjuguant leurs forces pour magnifier Verdi. Une belle leçon de chant lyrique.

A l’Opéra Bastille jusqu’au 26 février 2026.

Benjamin Girette

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