
Artiste incontournable de la scène artistique mondiale, Gerhard Richter s’installe à la Fondation Louis Vuitton pour une rétrospective d’une ampleur exceptionnelle. Dans la lignée des grandes expositions individuelles dédiées à des créateurs emblématiques des XXᵉ et XXIᵉ siècles – à l’image de Jean-Michel Basquiat, Joan Mitchell, Mark Rothko ou David Hockney –, l’institution parisienne consacre l’intégralité de ses galeries au maître allemand.
Oscillant entre représentation et non-figuration, clichés estompés, aquarelles aux teintes éclatantes, toiles abstraites, le créateur déploie une production protéiforme et iconique. Des compositions floues des années 1960 aux immenses surfaces raclées de ses créations abstraites contemporaines, le cheminement révèle la richesse d’un artiste qui sonde inlassablement les limites de la représentation visuelle. Celui qui affectionnait « l’infini et l’incertitude constante » questionne notre relation à la mémoire, au tangible et à notre façon de percevoir. Cette manifestation constitue une opportunité rare de saisir l’étendue d’une œuvre en transformation perpétuelle, toujours en dialogue avec l’Histoire.
La scénographie est en harmonie avec les créations qui alternent les dimensions, parfois imposantes. Le parcours respecte fidèlement la progression décennale et, de ce point de vue, l’exposition se montre honnête puisqu’elle accorde une place équivalente à chaque période du travail de Richter sur soixante années, permettant d’observer comment l’œuvre s’est déployée. Ce qui frappe, c’est que le vocabulaire plastique de Richter apparaît finalement très tôt dans son cheminement artistique.
Au fil de cette visite impressionnante (comptez deux heures pour en profiter pleinement), on découvre la permanence du propos de l’artiste, quelle que soit l’époque, la technique ou le thème abordé. Il y a chez ce créateur une constance dans l’interrogation du support et de la matière, de la forme et de la tonalité, du regard et de son interprétation, de la représentation et de sa transcendance.
Des effets de trouble sur sa peinture photographique à son approche de la peinture historique, Richter crée de la distance entre son sujet et sa retranscription, comme avec sa série 18 Oktober 1977 (en utilisant des clichés parus dans la presse du groupe allemand Fraction Armée Rouge) ou encore sa série Birkenau où sur 4 photographies du camp (représentant la crémation de corps ou le corps nu d’une femme se dirigeant vers la chambre à gaz) transférées sur aluminium il a apposé des couches de tons brun, noir, vert et rouge à la brosse avant de les estomper à la raclette. L’effet produit est saisissant. Il remet ainsi en question l’objectivité de l’image officielle ou documentaire et insiste sur l’usure de la mémoire.
Cette rétrospective chronologique révèle l’évolution d’une vision picturale singulière, entre ruptures et continuités, des premières peintures d’après photographies aux dernières abstractions achevées en 2017, avant que l’artiste ne se consacre exclusivement au dessin.
Un événement majeur qui confirme la place de Gerhard Richter parmi les plus grands créateurs de notre temps. À ne pas manquer jusqu’au 2 mars 2026 !
Dominique et Valérie

Bravo pour cet article fort intéressant !
J’aimeJ’aime