
Avec ‘Une heure à t’attendre’, Sylvain Meyniac propose une revisite brillante du triangle amoureux classique en proposant un face-à-face entre un mari et l’amant de sa femme. Loin des codes du théâtre de boulevard, cette œuvre d’une vraie modernité offre un huis clos haletant où tout repose sur la force du texte et l’intensité du jeu des acteurs.
La mise en scène épurée de Delphine de Malherbe laisse toute la place au dialogue, aux regards échangés et aux silences éloquents. Sans artifice ni musique, la tension progresse à chaque réplique dans cette confrontation où les certitudes vacillent constamment. Le texte, finement ciselé, multiplie les rebondissements et les fausses pistes, entraînant le spectateur dans un jeu de manipulation où il devient impossible de prendre parti.
Nicolas Vaude et Thierry Frémont forment un duo remarquable. Le premier, avec son éloquence singulière et son détachement presque clinique, incarne un mari machiavélique qui semble maîtriser toutes les cartes. Le second apporte une humanité touchante à cet amant dont la vulnérabilité apparente cache bien des surprises. Leurs personnalités contrastées – l’un plus insaisissable et lyrique, l’autre ancré dans le réel – créent une dynamique fascinante où les rôles s’inversent subtilement.
Au fil de cette heure qui file, la pièce interroge avec finesse l’amour, le couple, la fidélité et le besoin de reconnaissance. Chaque personnage révèle une vision différente de la femme aimée, composant ainsi un magnifique portrait en creux. Entre légèreté et gravité, cette joute verbale menée à fleuret moucheté tient le public en haleine jusqu’à une conclusion surprenante.
Un spectacle intense et intelligent, porté par deux interprètes au sommet de leur art.
Théâtre de Paris Salle Réjane jusqu’au 28 février 2026
