Musique et Danse

Macbeth Underworld

Photo Stefan Brion

Salle Favart, soir de pré-générale.

Dans un univers noir, percé de lignes rouges sang, Macbeth et son épouse, tous deux vêtus de blanc et aux visages livides, sont condamnés à revivre éternellement ce qui a provoqué leur chute dans un enfer particulièrement sombre et effrayant. Ils sont bien sur poursuivi par les trois sorcières qui les manipulent avec férocité, Il y aura aussi la présence du fantôme de Banquo et l’Enfant pour tourmenter le couple.

Co-commandé avec la Monnaie de Bruxelles et crée en septembre 2019, Macbeth Underworld arrive enfin à la Salle Favart alors qu’il aurait du être joué au printemps 2020, la crise sanitaire a repoussé cette création à aujourd’hui.

Photo Stefan Brion

Louis Langrée, le directeur de l’Opéra Comique, prend la parole avant le début du spectacle pour nous annoncer que l’interprète de Lady Macbeth, Katarina Bradic n’est pas en pleine forme et va préserver sa voix pour la première. Elle chantera effectivement doucement mais son jeu lui ne sera pas limité.

Pascal Dusapin, le compositeur, propose une partition à l’esthétique très marquée, jouant avec des envolées aigues suivies de descentes vertigineuses vers les graves profonds telle une descente aux enfers : il fait alterner les passages violents à la fureur animale avec des pauses d’une douceur surprenante qui collent parfaitement à notre histoire et malgré ces contrastes, il se dégage une impression d’harmonie très réussie. Il s’appuie sur le livret écrit par Frédéric Boyer d’après le Macbeth de Shakespeare.

Le chef d’orchestre Franck Ollu accompagne d’une main de maitre cette boucle infernale. Il saisit parfaitement les nuances proposées par le compositeur car ces deux là ont déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises. Il dirige l’excellent orchestre de l’Opéra de Lyon qui répond présent à cette partition exigeante.

Photo Stefan Brion

Thomas Jolly, qui est devenu un metteur en scène connu grâce à ses mises en scène de Shakespeare, revient donc à l’opéra pour notre plus grand plaisir. Il nous ‘fait tourner la tête’ comme dirait la chanson avec une grande tournette centrale sur le plateau en installant trois autres tournettes plus modestes sur celle ci, qui permettent les changements de décors multiples. Nous passons ainsi de l’inquiétante forêt de Birnam à un chateau sombre aux escaliers multiples en passant par la porte des Enfers et la chambre des époux Macbeth. Avec une parfaite maitrise des lumières et des ombres, Thomas Jolly nous propulse dans cet univers glauque et effrayant. Nous ressentons la tension dramaturgique à pleine puissance et les décors de Bruno Laverne sont superbement mis en valeur par les lasers d’Antoine Travert.

Jarrett Ott, merveilleux dans l’opéra Breaking the waves, joué dans la même salle au printemps dernier, nous offre un Macbeth qui maitrise toutes les nuances tant dans le jeu de scène que dans le chant. Les trois sorcières sont les Weird Sisters. Melissa Zgouridi, Maria Carla Pino Cury et Mélanie Boisvert sont ces trois femmes qui semblent inséparables et toujours entourées par une troupe d’autres sorcières (les femmes du talentueux Chœur Accentus), leurs tenues sont aussi remarquables et sont signées Sylvette Dequest. Hiroshi Matsui donne sa belle voix grave comme sortie d’outre-tombe au fantôme de Banquo et son jeu tout ne raideur calculée est très réussi. l’Enfant c’est Rachel Masclet de la Maitrise Populaire de l’Opéra Comique, la finesse de sa voix est un délice. Quand à John Graham Hall, il nous régale avec deux rôles : il est la déesse de la mort, Hécate, au début puis il devient le clown ambivalent qui sert de portier.

Au final, les presque deux heures de ce Macbeth Underworld passent très vite et la salle est ravie par ce spectacle.

A l’Opéra Comique jusqu’au 12 Novembre 2023

Photo Stefan Brion

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